Écrits volés d'Anne Vermont par Jean Perrochaud

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Lorsque j’étais libraire et qu’on me demandait ce qu’il y avait comme « nouveauté » intéressante à lire j’avais coutume de répondre qu’une nouveauté c’est un livre qu’on n’a pas lu, qu’il ait été imprimé la veille ou des années auparavant. Je viens donc de découvrir une nouveauté (Merci Gaëlle) : un livre paru il y a treize ans dans une petite maison d’édition et qui n’a probablement pas eu un accueil considérable, de sorte que je ne trouve pas inutile d’en parler à mon tour. C’est une prose d’une force étonnante, mitraillage de mots qui percutent leur cible avec un claquement sec (Comme chez les tontons flingueurs) : « Taire. Se taire. La fermer. C’est la famille chape de plomb. Scotch sur la bouche pour ne pas gueuler. Cinq générations de mutiques. On creuse un trou dans le fond du jardin, on enfouit toutes les saloperies, les drames les mesquineries, hop, une pelletée de terre, on n’en parle plus. On attend la prochaine dégueulasserie, encore plus dégueulasse. » Dans ses écrits retrouvés (nous dit son inventeur) la jeune Anne Vermont raconte avec une verve féroce et crue la décrépitude de la famille Kervilain après la mort du patriarche, son arrière-grand père, qui « pourrit dans son frigo » en attendant son enterrement au son des binious et l’émeute des pécheurs qui l’arroseront de poiscaille. « Mémé citrouille » impotente qui « bave et chie d’abondance », «La Générale » dans les bras de laquelle il ne faut «jamais venir baver», la tante « Cul d’hostie » qui adore les pénitences saignantes, le cousin Siegfried, dit Woody, qui aime jouer à la tente indienne sous les jupes de sa cousine sans culotte, et le tonton député, vieil ours gourmand qui aime lécher le miel de la petite, cinq générations déglinguées se bousculent dans la grande maison blanche des années riches qui tombe en ruine. C’est rude, c’est mordant, personne n’en réchappe. Même « les mouettes se foutent la pâtée au dessus des pins maritimes ». Amateurs d’eau de rose sans (é)pines, passez votre chemin. Fans de littérature musclée, courrez y voir. Écrits volés d’Anne Vermont, Jean Perrochaud, L’escarbille, 13,20 E. Jean Perrochaud, nazairien depuis quelques années, est également dessinateur, peintre, auteur de pièces de théâtre et de chansons, scénographe, et pécheur de crevettes. Son « blog foutraque » www.perrochaudsaffiche.frBeau papier de Gérard Lambert-Ullmann : Ancien libraire de « La voix au chapitre » à Saint-Nazaire « qui fait du partage de ses bonheurs littéraires l’axe essentiel de sa vie »…